Régis Jauffret Microfictions, publié chez Gallimard le 18 janvier 2007
Céline Minard Le Dernier monde, publié chez Denoël le 4 janvier 2007
Marie NDiaye Mon cœur à l’étroit, publié chez Gallimard en février 2007
Emmanuel Carrère Un roman russe, qui sera publié en mars chez P.O.L
Dominique Mainard Je voudrais tant que tu te souviennes, publié chez Joëlle Losfeld le 11 janvier 2007
Catherine Lépront Esther Mésopotamie, publié au Seuil le 4 janvier 2007
Arnaud Cathrine La Disparition de Richard Taylor, publié chez Verticales en janvier 2007
Frédéric Brun Perla, publié chez Stock le 2 février 2007
Arnaud Rykner Nur, qui sera publié en mars aux éditions du Rouergue
* spécial Phil : si tu passes par là, oui, je sais ce que tu en penses !
** je regrette néanmoins de ne pas y voir Fracas nouveau et saisissant livre de Pascale Kramer (dont je reparlerai, plein de trucs à raconter) et de pas y être en compagnie de Claudine Galéa et puis d'autres encore... En fait, il y a tellement de livres d'auteurs que j'aime et qui se publient (et je pense à tous ces types qui disent ne pas lire de littérature contemporaine, comme quoi y aurait que de la merde, tout ce qu'ils ratent...)
C'est avec cette belle carte postale envoyée par Joël Bastard (actuellement en résidence d'écrivain à Bourg sous Châtelet, à la lisière de la forêt), avec ce paysage (photo Eric Coisel) vu à travers la carcasse d'une 2CV et à travers une phrase de Joël, que je vous informe d'un changement de squelette : ce site est en reconstruction, ou plutôt un autre site est en cours d'élaboration, sur lequel travaille mon webmaster.
D'ici quelques jours, je vous recevrai donc dans un autre corps virtuel.
À bientôt
Emmanuelle
L'émission est intitulée : "Lectures croisées La rentrée parisienne de janvier" mais les journalistes de préciser que moi, hein, je ne suis pas Parisienne... bon j'habite pas le Sud de Valence non plus, mais c'est pas grave, l'essentiel est de comprendre que je suis une pacouline, une fille des champs et des forêts...
Extrait de Egoutté*, nouvelle, Sylvère S-P, 2007.
Ces "égouttements" me troublent, pas seulement parce que je suis très fière de lire de telles choses écrites par mon rejeton, mais aussi parce que mon premier récit publié, que je voulais appeler À goutte, tournait autour de ce thème, via mes rapports à l'enfantement, dont Sylvère a fondé tout de même la première expérience...
photos Cécile
Mon sein pris par les lèvres du bébé, mes jambes
toutes tremblantes, mon corps me désobéissait. Mon
fils posait sur mon bras l’empreinte de sa peau
toute neuve et mouillée. Il se couchait sur la
mienne, si chaud, contre ma fatigue infinie.
J’essayais de maintenir mon sein à peu près
propre sous mes doigts. Ses beaux cheveux collants
contre mon torse tombaient jusqu’au bord de ses
yeux. Ses yeux ne se fermaient pas. J’avais
espéré qu’il rentre vite les gouttes sombres
des iris sous ses paupières, parce qu’elles se
bousculaient, à vouloir déjà tout voir, pauvres
petites bulles opaques échouées près de moi, affolées
d’avoir été hissées si vite et si mal hors de
l’eau, pauvres pupilles montées jusqu’au
monde, par où s’engouffrent si tôt les jours
bruyants. Je m’inquiétais de son regard
terrifié. Je voulais qu’enfin il ferme les
paupières, pour qu’il n’ait plus peur,
pour que je n’aie plus peur.
Je l’ai gardé contre moi.
(...)
Ma fille son eau elle la perd par la tête. Tout son
crâne transpire, des petites gouttelettes poussent
jusqu’au bout de son nez, parfois sous les
sourcils. Les écailles de sueur se mêlent aux tâches
de rousseur. Les cheveux de son frère, plus épais
déjà, ont cette odeur châtaine des enfants qui
grandissent, légèrement acide et ténébreuse, si
difficile à définir. Les sueurs de mes enfants ont
des couleurs que je reconnais : leurs odeurs
sont dans mes pensées. Leurs cheveux mouillés
s’embrouillent, parce qu’ils bougent sans
arrêt, même en plein été. C’est étrange comme
ça sent bon, les enfants fous. Cette odeur-là, celle
de la sueur des peaux folles, m’enivre un peu.
Mon fils et sa sœur se poursuivent dans la
maison, je me penche sur leurs cheveux, je reconnais
le parfum de la souffrance. Il est délicatement
opiniâtre.
C’est un parfum presque indéfinissable, et trop
familier d’ailleurs pour avoir besoin
d’être défini.
Je ne sais plus très bien si mes enfants se
ressemblent. Ma vie a si peu de cohérence. A travers
les rousseurs salées de ma fille, je retrouve les
tendances brunes un peu âcres de son frère, celles
qui bordent ses yeux sombres. Ses yeux de temps en
temps versent un regard de noisette brûlée, il me
parle avec sous les paupières ce mélange de cendres
et de suc qui me rappelle les bois des châtaigniers
où j’aimais croire à tout ce que me disait Joë.
Les enfants sont ma certitude, ma mémoire.
Ils jouent dans la maison.
Pour
être chez moi,
éditions du Rouergue, mars 2002.
*Il y a des parenthèses encadrant le
"té" final : égout/té... mais mon logiciel, ça
m'agace au plus haut point, me fourre des smiley à la
place des parenthèses, et je déteste ces
bidules.
En me replongeant hier dans ce film, je me suis dit : cette petite fille devenue vieille, revenant sans cesse à l'endroit de la disparition de son père, ne fait pas autre chose que ce que fait le type de la route, attendre quelqu'un qui ne reviendra jamais.

Parce que oui, c'est Rémi, celui qui tient le bouchon littéraire de Privas qui me l'a dit : il y a bien eu un accident à l'endroit où ce type attend, et ce seraient des personnes de sa famille.
Je ne sais pas pourquoi ça me touche autant, mais j'ai le ventre froissé à chaque fois que je passe devant ce type, et quand je regarde Père et fille je m'identifie complètement, mais, et là est le plus étrange, je ne m'identifie pas à cette petite fille qui attend*, non, je m'identifie à celui ou celle qui disparaît, et les larmes qui me viennent sont pour mes enfants que j'abandonne, mes enfants devenus vieux...
* pourtant, ce serait le plus simple à comprendre (mes parents ont été séparés longtemps à cause de leur travail et j'attendais si longuement mon père que lorsqu'il revenait je me souviens je me disais : tiens, le type qui vient voir ma mère, sans comprendre tout de suite que ce type là, c'était ce père que j 'attendais), mais ma hantise est bel et bien d 'abandonner mes enfants, pas l'inverse.
Je crois bien que
c'est mon dessein animé préféré.
Il a été réalisé par Michael Dudok de Wit.
Ce réalisateur a été résident à Folimage, studio
d'animation et atelier de création que
mon fils connaît bien.
À chaque fois que je regarde ce film, ça ne loupe
pas, je pleure, sauf les rares fois où je l'ai passé
à mes élèves (je prenais sur moi). Ou bien ça se tord
dans mon ventre, c'est limite supportable, pourtant
y'a rien de gore.
Je sais que c'est pas bien, qu'il faut respecter les
droits d'auteurs mais tant pis, il est trop beau
ce film (mettez vous en
plein écran et dépliez vos mouchoirs).
Merci à Laurent Tarillon pour ce travail d'information, si crucial en ces temps de désinformation...
Si ça continue, je vais sérieusement envisager d'aller vendre du fromage sur les marchés (tiens, à chaque fromage vendu, un livre de terroir offert, ou l'inverse).
Actuellement, le temps de travail d’un
enseignant de collège ou de lycée est de 18 heures
par semaine*. C’est, pour les professeurs
certifiés, le seul élément fixe et clair relatif au
temps de travail qui leur est demandé.
Comment le législateur a-t-il pu créer en 1950 un
statut aussi avantageux ? Il faut peut-être y
regarder de plus près. En fait, ce temps a été conçu
en prévoyant qu’un enseignant travaille 1,5
heures chez lui pour une heure devant élève afin de
préparer ses cours, évaluer les élèves et actualiser
ses connaissances dans sa discipline. Cela fait 18
fois 2,5 heures (1 devant les élèves et 1,5 à la
maison), soit 45 heures hebdomadaires. En effet, le
temps de travail légal de l’époque s’il
était légalement de 40 heures par semaine, était en
réalité de environ 42 h par semaine, sur 50 semaines.
Mais que s’est-il passé depuis pour les
enseignants ? Rien ! Alors que pour les
autres salariés il y a eu la troisième semaine de
congés payés en 1956, puis quatre en 1969. Les 40
heures réelles ont été atteintes au début des années
70 (elle était un droit depuis 1936). Mais ce
n’est pas fini, il y a eu les 39 heures et la
cinquième semaine en 1982, puis les 35 heures en
2000. En somme le temps de travail hebdomadaire pour
les salariés a baissé de 25 %. Mais les enseignants
doivent toujours le même service.
Comment peut-on parler de temps de travail sans
parler des vacances ? Eh bien justement, le
législateur a tout prévu et cela de deux façons.
D’abord 45 heures dues quand les autres
devaient 42, ça c’est pour les petites
vacances.
Donc notre temps de travail était annualisé.
Mais, et les deux mois d’été alors ? Là,
c’est un tout petit peu plus compliqué.
Certains enseignants ne le savent même pas,
d’ailleurs. Cela se situe au niveau de la
grille des salaires. Notre grille a été, elle aussi,
fixée en 1950 au même niveau que les autres cadres de
la fonction publique recrutés avec un concours au
niveau bac + 3. Mais à cette grille, il nous a été
retiré deux mois de salaire, puis le résultat a été
divisé par 12.
Et oui chers lecteurs les enseignants ne sont pas
payés pendant les grandes vacances.
Laurent TARILLON, enseignant de sciences économiques
et sociales à Grenoble.
* bon, moi je suis une grosse feignasse :
agrégée et en collège, mais c'est pas ma faute, j'ai
même pas été admissible au CAPES l'année où j'ai eu
l'agreg. En fait, je pense que ces grades sont
obsolètes. Au départ, on considérait qu'un agrégé
avait plus de temps de préparations et corrections
car il était toujours nommé en lycée. Aujourd'hui ce
n'est pas toujours le cas, et beaucoup de profs de
lycées sont certifiés. Il me semble qu'on devrait
être payés en fonction de l'établissement où on
enseigne, pas en fonction des grades, mais c'est mon
avis perso...
Je les ai triés en fonction de leur "appartenance" : la télé et la radio, les documents de travail (par exemple l'entretien avec Christian Morin) dans les pages des livres, et les lectures, échanges, tables rondes ou carrées, dans la page rencontres, alors il faut fouiller un peu...
(photo Cécile Dubot, retravaillée bêtement par la prof d'arts plastiques)
* pas tout car certains documents sont comment dire... "égarés"...
Avec cette envie d'une "vie dans la cité" parce que, peut-on lire dans la présentation, "entre les sondages tirés comme à la mitrailleuse, un spectacle façon « people » et les petites phrases, ce qui risque d’être le plus absent de la campagne, c’est précisément la politique, les projets de société".
Les commentaires sont modérés mais ouverts à tous : alors allez-y, allez voir si on peut construire un vrai débat.
Je regarde au dehors et, derrière ma fenêtre filtrée par le froid, je me rends compte que n'ai pas bien suivi cette campagne dans les média, je ne retiens pour le moment, avec stupeur, que le sarcasme d'un animateur de TF1*.
Pourtant tous mes livres, spécialement le dernier, et même les autres écrits, sont politiques. Je crois qu'écrire est politique, puisque c'est, à peu près, une proposition comme une autre de lecture du monde qui nous entoure.
Je vais réfléchir à cette possibilité qui m'est offerte de m'exprimer, et je crois bien que je vais en profiter pour prendre le problème à l'envers, et dénoncer cette légitimité parfois exagérée, ou détournée, de l'écrivain en tant qu'acteur de la vie politique, publique, culturelle ou comment, parce qu'on est écrivain, on peut se permettre de nier et corriger toute une culture, une pensée, sous le seul motif qu'on la juge, du haut de ce piédestal, non mature, trop locale, rustre, dépourvue "d'urbanité".
Il y a peu j'ai rencontré un vrai facho, un intello abonné à cette saloperie, et qui aurait, semble-t-il, convaincu le maire du village de donner sa signature à qui l'on suppose**. Ce Monsieur, donc, donneur de leçons, venu s'installer sur le plateau pour l'espace et la grandeur du paysage, mais méprisant tous les gens du pays, lui qui connaîtrait des tas d'écrivains, d'artistes, de scientifiques, de penseurs, a déclaré que le collège où j'enseigne, où ma fille est élève, est le "dépotoir du plateau" et ça m'a rappelé toutes ces fois où j'ai eu mal à mon pays, aux gens qui m'entourent, où je me suis sentie tellement plus petite-fille, nièce, cousine, amie et voisine de paysans qu'écrivain (et pourtant j'aime tellement ça, écrire, depuis toujours...).
Alors je crois bien, oui, que je vais, paradoxalement, profiter de mon "statut" d'écrivain, ni en campagne, ni en ville (mais, pour le moment, en montagne) pour remettre sur le tapis cette vieille histoire, en la réactualisant un peu.
*L'écologie semble être au centre du pauvre débat médiatique, mais une écologie de bonne conscience, inefficace et facile, ne mangeant pas de pain, comme on dit.
** C'est d'ailleurs tout aussi bien : je pense que toutes les pensées, même les plus ignobles, doivent être représentées, pour que l'on voit tous les visages de la France, et tant pis s'ils grimacent.
PS : je sais bien qu'un paysan n'est pas le contraire d'un écrivain, et bien sûr l'un peut très bien aller avec l'autre, et tous les intellos, heureusement, ne sont pas fachos (je me considère honnêtement comme une vraie intello...).
C'était juste avant la correction des épreuves, et cette "ligne de vie" était juste l'expression que je cherchais...

Mais tous les autres, ils te regardent à la jumelle. Dans leurs bureaux d’étude c’est pire, ils ont pas une vue assez générale, ils font leurs gribouillis, 5m3 à miner par ici, 10 à soutenir par là, alors que le bloc il fait genre 50 mètres de large, eux ils voient pas la petite fissure à gauche, ils font pas le lien avec le déséquilibre du bloc et tu sais pourquoi, parce qu’ils sont pas suspendus en face, parce qu’ils sont pas seuls, dans le froid et les rafales de vent, quand t’es même plus sûr que la corde passe dans le clou. Quand tu doutes de la ligne de vie que tu as toi-même mise en place. Y’a des endroits, des fois, personne n’y est jamais allé, tu comprends ça ?
(Les Adolescents troglodytes)




La petite en jean et chemise blanche, c'est celle du poème.
(photo Cécile Dubot)
Mercredi, c'était jour de ménage, donc jour d'écoute : en faisant le ménage, j'écoute avec un casque sans fil toutes les émissions ballodiffusées pendant la semaine (essentiellement sur France Culture*).
Les gestes précis et organisés, habituels, presque sans y penser (Genet appelle ça "les gestes des anges"** dans Notre dame des fleurs***), me permettent une vraie concentration.
Mercredi donc, cette fois sur la RSR, j'ai fait deux découvertes entre les lignes podcastées : Joëlle Satgoll, qui parlait de façon claire et touchante de ces livres qui se font malgré vous, et aussi de cette mémoire qui menace de disparaître, puis Alice Ferney, une joie communicative, qui suinte de tous ses mots, et cette idée affirmée haut et fort du quotidien qui nourrit les livres (préparer un lapin, par exemple).
Il était aussi question de gestes triviaux, quotidiens, vulgaires, "élevés" au rang de thèmes littéraires sur le bateau-livre dans la belle parole de Marie Ndiaye (mais est-ce une évidence réservée aux femmes ?).
* au prochain ménage, j'écouterai ce jeux d'épreuves spécial.
** À propos d'anges, Leur Matricule (en son représentant Thierry Guichard) a fait une critique très enthousiaste des Adolescents troglodytes, avec une très belle photo, ça m'a fait monter quelque temps sur un petit nuage (pardon descendre, puisqu'on est souvent au-dessus).
*** Je passais le balai, je faisais la vaisselle, la cuisine, le linge. Le linge franchement j’aime bien, ça se fait tout seul, même le tri (je sais pas où j’ai lu ça, un personnage de livre les appelait les gestes des anges, les gestes d’intérieur qui se font tout seuls). Axel bricolait après le lycée, il réparait les fuites, tout ce qui foutait le camp, et y’en avait beaucoup. Un jour il a tracé une saignée le long des murs pour refaire l’électricité, je l’ai traité de fou, il y avait de la poussière partout, il était tout gris et blanc. Il a passé la main sur ses paupières, et son regard est sorti de ce geste tout noir et vivant. (Les Adolescents troglodytes)