Parce que...... je ne les laisserai démarcher ni mes enfants ni mes élèves... Je ne laisserai pas ce prosélytisme insidieux faire son entrée dans l'école laïque.Je ne laisserai pas les entreprises faire leur marché dans mes classes.Je ne les laisserai pas faire de la pub sous prétexte de mallettes pédagogiques, et encore moins pré-recruter leurs futurs salariés en 3ème. Non, je le répète aux parents d'élèves, non, nous ne sommes pas là pour préparer les élèves à leur futur métier, non, les arts plastiques ne servent à rien, ni les maths, ni les lettres, juste à réfléchir, à créer, à décoder des textes et des images, apprendre à apprendre, se forger un esprit critique, apprendre à vivre ensemble, faire des élèves des citoyens responsables, autonomes et avisés.
PUBLICITAIRES ET MARCHANDS, HORS DE L’
ECOLE !
Microsoft,
Danone, l’Institut de l’entreprise, le
CIC, Leclerc, Nestlé, le MEDEF, Disneyland…La
liste des « partenaires » de
l’Education nationale ne cesse de
s’élargir, les intrusions publicitaires,
idéologiques et commerciales se multiplient au sein
du service public.
Nous
demandons le strict respect du principe de neutralité
scolaire régulièrement
rappelé, jusqu’en 2001, par de nombreuses
circulaires et notes de service émanant du ministère
de l’Education nationale :
« Il ne sera pas donné suite aux sollicitations
du secteur privé, dont les visées ont généralement un
caractère publicitaire et commercial », disait
encore la note de service n° 99-118 du 9 août 1999.
En 2001, une circulaire, dite, « code de bonne
conduite des interventions des entreprises en milieu
scolaire » (circulaire n°2001-053 du 28 mars
2001) a instauré des pratiques contraires au principe
de neutralité. C’est ainsi que ce texte
autorise la publicité à l’école, invite les
établissements à conclure des partenariats, remplace
le principe de neutralité scolaire par la notion
marchande de neutralité commerciale.
Un jugement a mis en évidence les atteintes à la
neutralité dont ce texte est porteur :
Alors que le ministère justifiait
l’organisation du jeu boursier du CIC dans les
établissements par l’application de cette
circulaire (courrier de mars 2003), le tribunal
administratif de Cergy-Pontoise déclarait cette
organisation illégale le 1er
juillet
2004 :
« … ce jeu qui avait clairement des
objectifs publicitaires et commerciaux pour la banque
organisatrice tombait sous le coup de la prohibition
des initiatives de nature publicitaire, commerciale,
politique ou confessionnelle figurant au règlement
intérieur de l’établissement ; qu’il
contrevenait également au principe de neutralité de
l’école… » (affaire n°0007594,
requérant, G Molinier )
Nous rappelons avec force que l’éducation,
l’acquisition de connaissances,
l’exercice de l’esprit critique sont
incompatibles avec la propagande publicitaire qui
conditionne et aliène la pensée, que l’Ecole ne
peut être subordonnée aux intérêts marchands, comme
le demandent aujourd’hui le MEDEF et la
commission européenne en prônant
l’apprentissage d’une prétendue
« culture entrepreneuriale ».
Nous demandons que le ministère de l’Education
nationale assure ses missions et le financement de
l’Ecole dans le respect de la neutralité
scolaire, telle qu’entendue dans la note de
service du 9août 1999.
Nous exprimons notre volonté de défendre une école
laïque, indépendante de toute influence marchande.
Nous exigeons l’annulation du
« code de bonne conduite des interventions des
entreprises en milieu scolaire. »
Christian Morin en personne raconte l'histoire de Shendo et Dryade, c'est un petit film, une entrevue faite par votre serviteuse en vue d'une documentation pour Les Adolescents troglodytes (le décor dans le film : notre intérieur de luxe avec en fond sonore le petit qui fait son train-train, le grand qui déjeune et racle son bol, et des rires de mon webmaster...).
Pour écouter les loups, un bel enregistrement de silence radio
Pour mémoire et pour comprendre, dans ce cahier :
"Interpellation" (l'arrestation des loups),
"La Rajasse (coïncidences encore et encore)" (lire les commentaires touchants de François),
"au loup" (lettre au procureur pour dénoncer l'inscription prenant le loup comme prétexte à l'incitation raciale),
"L'écrivain, l'enfant et le loup dans le Vercors (dans le dos)" : note du 20 avril (comment les histoires du loup font partie du paysage culturel des enfants vertacos, ce que n'a pas compris l' "écrivain").
Juste après la naissance des petits, le bourru a pris
dans ses bras deux autres jumeaux, Shendo et Dryade.
Il les a confiés au chef de meute, un grand husky de
Sibérie, auquel ils se sont soumis très vite. (...)
Le frère et la sœur n’aspiraient pas
l’eau, mais la lapaient comme des chiens. Déjà
Shendo relevait la queue en s’approchant de
Nil. Dryade quémandait des caresses sur le ventre
d’une grande patte maladroite, et Paule se
vautrait dans sa panse.
Le loup, et pas un loup la queue dressée, a été
repéré un matin très tôt près de l’arrêt de la
navette, pas loin de leur maison. Les traces
d’un grand chevreuil devant les siennes ne
laissaient aucun doute. Il était en chasse, sinon il
ne se serait jamais approché si près du hameau, les
loups sont trop peureux. Ce ne pouvait pas être un
loup apprivoisé non plus, il ne se serait pas
enquiquiné à poursuivre le chevreuil. Mais cette
apparition a provoqué des réactions démesurées et
contradictoires. Les chasseurs et les écolos se sont
foutu sur la gueule, pendant que les jumeaux
essayaient de suivre à l’école.
Ils sont arrivés un vendredi matin vers 7H30, juste à
l’heure de la navette. Dix gendarmes, quatre
gardes fédéraux, avec des perches et des seringues,
pour embarquer les jumeaux.
Mais le loup traînait toujours sa queue basse dans la
brume du plateau, les poils sans doute à peine
embarrassés de rumeurs et de rosée.
Les Adolescents
troglodytes,
à paraître (POL, janvier 2007)
Jeanne Bastide, Lucarnes, L'Amourier, 2006.
Je crois que je n'ai jamais rien lu de si juste sur la peur de la parole. Mais ce n'est pas la plus belle phrase de ce petit livre, tant l'écriture y est travaillée...
... C'est étrange parce que j'ai cette petite note en attente depuis un mois, je ne savais pas quoi dire, comment dire la beauté de ce texte, et voilà qu'aujourd'hui où je me décide, je vois qu'un autre blog, croisé via un autre encore* me prend mes mots de ma bouche ou plutôt de ma main : c'est donc bien une histoire de phrases impossibles à dire, de mots pris. Il ne faut pas hésiter à les prendre, ces mots de Jeanne Bastide, dans son livre, et les tenir en mémoire.
*attention il y a deux blogs de "terres de femmes" (mais ils sont l'un avec l'autre, ou l'un dans l'autre : des terres de femmes qui contiennent des terres de mémoire, ou bien l'inverse ?).

Photos de Cécile pour la couverture de La Rivière, la rivière, texte dont on m'a demandé de changer le titre.
Les photos de Cécile n'ont pas été retenues, trop froides, paraît-il. Mais je les trouvais si belles, et pertinentes, surtout celle-là :
et puis il y avait celle de mon propre lavage, un peu redondante par rapport au texte, mais si belle que je l'ai utilisée comme support de ce site :
Un après-midi vers six heures, ma mère dormait dans
son bain, elle dormait sans dormir. C’était
l’automne dernier, il avait plu toute la
journée. Elle était comme inerte. Ni son corps ni
l’eau n’avaient le moindre mouvement. Les
eaux dormantes sont des eaux mortes. Et les morts,
avant d’être enterrés, sont des dormeurs. Ils
reposent. J’ai mis ma main dans l’eau,
elle était presque froide. J’avais peur que ma
mère ne puisse plus jamais se réchauffer. Elle était
plus blanche que d’habitude. Je cherchais un
moyen de la faire rougir sans la réveiller. Je savais
comment prendre ma mère : isolée. Une grande
fatigue était lisible sur son visage. Elle était
blanche, blanche sur son visage blanc, elle était
dure, dure sur son visage dur.
Je me suis assise sur le tapis au bord de la
baignoire. Elle a ouvert les yeux, elle s’est
mise à bouger, tout doucement. Elle frottait son dos
nu contre l’émail. Ses mains se cramponnaient à
quelque chose dans l’eau, peut-être à
l’eau elle-même. J’aurais voulu penser
comme elle, un peu de travers, et m’accrocher à
l’eau. Le mouvement de ses mains faisait des
remous et l’éclairage indirect dans la salle de
bain donnait à ces tourbillons des lumières
corporelles. Ses larmes étaient aussi peu discrètes
que d’habitude. Je recevais ces couleurs, les
siennes, cette aquarelle sur son visage, ses jambes
si blanches dans l’eau, sans savoir combien de
temps ma mère prendrait pour se laver. Pour émerger
tout à fait, se lever comme Yaku. Revenir à nous.
Le soleil inattendu a gagné tout l’espace du
vasistas, et les lumières sur la peau de ma mère sont
devenues presque surnaturelles. J’ai éteint le
plafonnier. Dans la pénombre corrigée par le soleil
d’automne, ce soleil si particulier
d’après la pluie, ses bras chauds dans
l’eau froide et stagnante remuaient de très
légères exhalaisons phosphorescentes.
Je me suis soudain souvenu des paroles de sa mère.
J’avais très peur de ma grand-mère. Je
l’ai peu connue. Elle est morte, en mer, quand
j’avais huit ans. Pour moi, c’était une
sorcière qui ne savait pas raconter les histoires.
Pas comme mon père. Elle ne savait que prédire,
effrayer. Elle parlait dans un patois breton
sinistre. Elle disait : si tu le vois, ma fille,
Keleren, le follet, prend garde. Il tient à la main
un tison bleu, vert, bleu, violet. Il volette
au-dessus des marais. Il faut ouvrir le couteau, la
lame en angle droit avec le manche, comme ça,
regarde. Elle saisissait de sa main sèche mon menton,
et tournait mon visage grimaçant vers le sien.
Regarde ! Elle ouvrait ce couteau qui ne la
quittait jamais, juste devant mes yeux. Et tu le
plantes en terre le plus près possible du feu. Sinon,
il va t’emporter et te noyer. Keleren,
c’est une âme en peine… Comme
celle-là ! Elle se tournait brusquement pour
désigner ma mère, qui haussait les épaules.
Le soleil avait disparu du vasistas. Je la regardais,
ma mère, bouger dans l’eau mollement, comme une
revenante. Sa propre mère depuis toujours, aussi loin
que je me souvienne, l’avait prise pour folle.
Elle me répétait tout le temps ça, ta mère est folle,
folle furieuse. Et moi je répondais menteuse,
c’est toi l’enragée.
Pas devant les gens,
édition de La Martinière, février 2004
Dryade et Shendo avaient permis à Christian Morin de "démystifier la peur du loup véhiculée par des livres imbéciles". Ils les avait sorti d'un zoo (où ils étaient promis à une mort certaine) pour les élever au milieu des chiens de traîneaux, permettant ainsi à des milliers de jeunes une rencontre extraordinaire au sien d'une association de plein air, où l'éducation était populaire et riche d'expériences partagées.
Les loups s'étaient soumis au chef de meute, un grand Husky de Sibérie, Dayac (alias "le shérif"). Ils lapaient l'eau au lieu de l'aspirer, ils levaient la queue comme des chiens, et Shendo quémandait de la patte des caresses sur le ventre.
Mais faut croire que les livres imbéciles sont abondamment lus, encore et toujours.
Nous avons loué cette maison qui fut celle de Christian, Isabelle, Thomas et tous ceux de l'APAV, de leurs chiens et de leurs loups. À l'époque nous ne connaissions de cette histoire que ragots idiots et légendes exagérées.
Dans cette maison, j'ai écrit des livres, maladroits, peut-être, mais où j'ai essayé de ne mettre aucune idée reçue, toute faite :
Mon prof de philo dit que la peur est le premier
sentiment humain, le seul. C’est aussi le seul
que j’éprouve auprès d’elle. Pas
d’admiration, de jalousie, pas de rivalité. Je
marche en butant sur son regard qui prend dans mes
yeux la place de chacun de mes pas, et pourtant je
n’arrive pas à me sentir proche d’elle,
je ne veux pas être près d’elle, je ne veux pas
être loin, j’ai juste peur. Une peur bête et
pure, toute simple, crue. La peur de ma mère.
Je pourrais en rire, à mon âge, si seulement je
pouvais effacer ce regard qui se pose perpétuellement
où se posent mes yeux.
La peur de ma mère, c’est comme la peur du
loup. Quand on dit ça comme ça, comment savoir si on
a peur du loup, peut-être est-ce lui qui a peur.
Mais de quoi, de qui ? De nous, de moi peut-être.
Pas devant les gens,
édition de La Martinière*, février 2004
Photos de l'interpellation : Christian Morin.
*Les éditions de La
Martinière ont adopté une tête de loup (à
binocle) comme emblème. J'étais loin de me douter,
en écrivant ce texte, de leurs intentions de
rachat, et à quel point elles sont en désaccord
avec les modes de vie et même de chasse des loups
(très beau texte "jeunesse" sur le loup, prédateur
intelligent : Amorak, de Tim Jessell).
Alors, le lendemain, on y est allés, au cimetière des rois, on s'est baladés tous les deux entre les tombes, on s'est arrêtés.
J'ai lu l'inscription, indéchiffrable pour la non-érudite que je suis, et plus tard je suis allée me renseigner :
l'inscription est extraite d'un vieux poème relatant l'épopée des Vikings et peut être traduite par "on ne doit pas avoir peur".
Moi je suis pas Borges, je suis peut-être trop jeune, je ne sais pas, mais j'ai très peur, très peur de mourir. C'est pour ça que j'écris, sauf que je sais bien que je vais mourir quand même alors tiens, je vais lire Borges, pour me donner du courage.