J'en ai déjà parlé ici-même : aujourd'hui et jusqu'à dimanche ce sont les pérégrinations littétaires : marcher, écouter les poètes et les écrivains marcher et s'arrêter, faire marcher des musiciens, écouter les mots passer d'un comédien à l'autre...
Ces marcheurs sont :
Annie Saumont (Paris), Nouvelles, Qu’est-ce qu’il y a dans la rue qui t’intéresse tellement ?,
Joelle Losfeld, juin 06
Philippe Fusaro (Lyon), Inédit, Portrait de moi avec femme, enfant et personne d'autre
La Fosse aux ours, automne 2006
Béatrice Commengé (Paris) Six jours (Rilke à Paris) Flammarion, automne, 2006
Joël Bastard (Monts Jura- Ain) Poésie en chantier, Récits d’Afrique
Timothée Laine (Paris) Poésie, Balbutiements Atelier du Grand Tétras, 2005
Sylviane Chatelain (Jura suisse) Roman, Une main sur votre épaule, Campiche, 2005
Gérald Chevrolet (Jura Suisse) Roman en chantier, Bec de lièvre et gueule de loup
Louis Ciréfice (Lyon), Inédit, Accordéon et balarella , 2006
Alberto Nessi (Tessin) Poésie, Iris Violet, Revue Conférence N° 12, 2003
Francis Jeanneret Gris (Jura Suisse) Poésie, Epaves, Atelier du Grand Tétras, 2006
Raphael Urweider (Zurick) Poésie, Lumières à Menlo Park, Empreintes, 2006
Jacques Moulin (Besançon) Poésie, Escorter la mer, Empreintes, 2005
Doris Jakubec (Coppet) Direction de l’édition des Romans de C.F. Ramuz, Bibliothèque de la Pléiade, 2005
Patrick Longuet (Paris) « Lire Claude Simon »,. Editions de Minuit, 1995
Alain Rochat - Empreintes (Lausanne - Vaud) et Daniel Leroux - Atelier du Grand Tétras (Mont de Laval -Doubs) : éditeurs.
Muriel Racine et Catherine Cretin (France)
, Gérald Chevrolet et Daniel Vouillamoz
(Suisse)
: comédiens, passeurs de mots.
L’Ensemble
Poïesis (Marion
Fourquier - harpe/ Christina Presutti - soprano) Lyon
Piano solo:
Pierre Mancinelli Paris/Cinquétral
Trio franco-genevois :
Jean-Yves
Poupin : synthétiseur
Thierry Hochstatter : percussions
Frédéric Folmer : guitare
basse
L’association
de coopération culturelle transfrontalière
Saute-Frontière basée à Saint-Claude (Haut-Jura) a
pour but de faire connaître et partager les langues
et les cultures. A la culture de la montagne - celle
des modes de vie façonnés par la diversité des
paysages et des savoir-faire - elle associe la
recherche en sciences humaines et la création
littéraire dans un souci de décloisonnement et de
mélanges féconds.
Cette alliance entre des savoirs pourrait être à
l’origine de nouvelles audaces tant dans les
domaines de la création que dans la diffusion des
idées. Traversant les frontières politiques et
linguistiques, elle espère contribuer à une meilleure
connaissance des uns et des autres.
En
compagnie d’écrivains, par la marche, la
lecture, la rencontre avec les habitants d’ici
et d’ailleurs, jouant à saute-frontière entre
France et Suisse, réel et imaginaire, depuis cinq
ans, nous cherchons à faire
connaissance afin de
mieux vivre ensemble.
En 2006,
nous souhaiterions mettre en synergie ces chemins
d’écriture qui nous ont portés d’Est en
Ouest et du Nord au Sud de l’Arc jurassien pour
donner corps et sens à notre aventure, en mémoriser
la trace littéraire et l’impact géographique,
avant de nous tourner vers l’avenir.
Nature du paysage, nature humaine, nature de
l’art. Ici le
paysage s’impose comme expérience fondamentale.
Passage de la géographie à la topologie, de
l’image du monde extérieur à celle d’un
lieu intime recomposé par l’écriture. Comment,
dès lors, mettre en ordre cette expérience de la
nature élémentaire, sans cesse travaillée par les
cycles des saisons, cette mémoire, cette
histoire ? Quels rapports se construisent entre
l’expérience du paysage et la nature de la
langue ?
Ecrire c'est marcher, marcher souvent c'est
écrire, je ne pense pas que Joël me contredise, lui qui
écrit "pour avancer pays".
En plongeant dans les nuages ce matin, je pensais à
ses pérégrinations, et je me demandais s'il y avait
des nuages, si les lecteurs marchaient dessus ou
dessous, dedans, pour écouter ce pays avancer. Si les
mots étaient modifiés, comme avec une sourdine sur un
violon*, d'être dits dans de l'eau d'air.
* dans la série coïncidences et cie, j'étais chez
Christian Morin ce week-end
: il y avait Xavier des Aminches qui jouait du
violon, en remplaçant la sourdine par des pinces à
linge. Il suffit de dire "Jura" ou "Vercors" pour
que christian se mette à rouspéter et raconter...
autour de la table il y avait deux Suisses, dont l'un
habite près des pérégrinations jurassiennes. Je
l'ai saoulé pour qu'il y aille. Ce serait marrant
que de La Rajasse aux monts du
Jura, que des emportement Christian à la poésie de
Joël, je sois passeuse...
Il faut dire aussi que ces personnes à table avec
nous dimanche ont laissé leurs chevaux en pension à
La Rajasse.
S’il venait vers moi les yeux pleins je me
levais en répondant à ses questions aphones.
J’y vais, j’y vais. Et quand je ne savais
pas où, y aller, j’allais toujours voir les
chevaux, nos pensionnaires.
J’aimais beaucoup aller voir les chevaux, les
entendre, les entendre bien avant de les voir. Pas
les entendre : sentir de tout mon corps leurs
bruits peser sur le sol, des centaines de mètres tout
autour. J’aimais marcher sur leurs vibrations
étirées, corpulentes. Je me laissais trembler dans
leurs trots écartant les fibres de la terre, lourde
elle aussi, malmenée.
J’étais dans un livre qui ne me quittait plus.
Je l’avais emprunté au lycée parce qu’il
décrivait la lutte contre une inondation dans la
montagne. Je m’étais embarquée dedans et
j’avais décidé de ne jamais le rendre. Il y
avait un passage très beau, où une vieille dame se
faisait encorner, secouer, éventrer, déchirer,
traverser par un grand taureau sortant des eaux qui
recouvraient les champs. La violence de cette mort,
je sais pas pourquoi ni comment, me réconfortait,
rassurait quelque chose en moi. Le bruit des chevaux
remontait cette lecture dans mon corps, et je me suis
jurée un soir près de lui de choisir le prénom de
cette vieille pour ma seconde naissance, en espérant
finir toute ratatinée comme elle, toute menue, dans
un corps à corps démesuré avec le paysage en
mouvement.
(Les Adolescents
troglodytes)
Ce livre est Batailles dans la montagne de
Giono, mais en ce moment, les livres que je fourre
dans mon sac d'ordi avant d'aller travailler,
c'est-à-dire plonger dans le brouillard, ce sont ceux
de Joël (je sais que je n'en lirai pas grand'chose,
beaucoup de travail en ce moment aux collèges, mais
comme Claudine Galéa, je en sors
jamais, où que j'aille, sans un livre).