au-dessus
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vide grenier
St Michel de Chavaignes (30 kms du Mans) est le village où sont nés mes parents, mes grands-parents (les 4!)...là-bas, c'est chez moi. Je n'y ai jamais vécu mais j'y suis toujours allée en vacances et plus ça va, plus j'y vais souvent.
Cet été j'y ai rencontré une dame, Sylvie, qui y habite depuis deux ans et qui y a monté avec une équipe de bénévoles une bibliothèque (ouverte deux après-midi par semaine) : il n'y en avait jamais eu à St Michel et ça marche du tonnerre de dieu (250 inscrits sur 700 habitants).
Nous avons longuement discuté et nous avons décidé d'animer un atelier d'écriture le 24 septembre, jour du vide grenier. La bibliothèque tenait un petit stand en face de l'église afin de vendre quelques livres histoire d'améliorer un peu le budget; nous y avions une table et de quoi écrire.
Jamais Pierric et moi n'avions fait cela en milieu rural (nous avons plus l'habitude des ateliers en milieu scolaire). Nous n'étions pas très surs de notre coup mais Sylvie, lui et moi avons tenté l'aventure.

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La journée a été magnifique, les gens enthousiastes et heureux je crois d'écrire un peu, beaucoup et de voir leurs textes accrochés à la cordelette.

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Plus de 40 textes ont été écrits par des enfants, leurs parents, les grands-parents, les passants...

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Les propositions d'écriture (voir ci-dessous) qui une fois découpées se trouvaient dans les boîtes de couleur. Les gens piochaient au hasard, s'installaient, écrivaient, lisaient les textes déjà écrits...

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J'étais fière de faire ça chez moi avec les gens de ce village que je connais depuis toujours.
Les bénévoles de la bibliothèque (qui sont pour la plupart des retraités) étaient aussi très contents je crois.

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propositions d'écritures :

Pistes pour l'atelier du dimanche 24
Pistes pour l'atelier du dimanche 24
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sortie du brouillard
Une bonne nouvelle, hier soir, en sortant d'un brouillard remuant (ces brouillards qui bougent sous la tourmente, qui défilent plus vite qu'on ne peut rouler alors... mais après avoir scruté la nuit en première sur des dizaines de kilomètres, je suis finalement rentrée) : enfin, la bibliographie complète (?) de Joël Bastard disponible ici.

Je croyais l'avoir reconstituée, mais non, j'étais loin du compte. Maintenant, quand le temps se sera calmé, il me faudra aller chez Rémi, mon libraire, compléter ma bibliothèque. Ce sera long, mais je suis patiente quand il le faut.
Et chez Rémi, je vais pouvoir y aller avec une feuille imprimée, au lieu des bouts de papiers sur lesquels j'avais noté les morceaux de biblio trouvés ici, , ou encore dans les livres que j'ai déjà.

Joël me soupçonne de vouloir faire de l'archéologie, c'est tout le contraire : j'aime bien me pencher sur des auteurs vivants. En ce moment, notamment grâce à Pascal, Mallaury, et des écrivains que je rencontre, je découvre plein de livres de gens vivants, et ça me change de Giono et Genet, de tous ces morts que j'aime. Parce que ça me permet d'écrire, de me sentir si bien entourée, entourée par des gens qui écrivent en même temps que moi.


PS : ça n'a rien à voir, mais si des smiley se glissent dans ce cahier, c'est à mon insu, je n'aime pas ces mimiques.
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comme on fait son lit on couche ses mots

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Cécile rend hommage à Darger

Darger, je ne connaissais pas...

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mais , en lui rendant hommage, me l'a présenté, 50 ans plus tard.

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Pour lire dans l'orage, tournez les pages. Mais s'il fait beau, faites-les défiler.
Sur beaucoup de blogs, de sites et de journaux papiers, revient souvent le débat autour du livre et internet. "Internet va-t-il remplacer le livre ?" est une question récurrente.

Hier mes élèves de 3ème y ont répondu.

Ils devaient, pour réaliser ensuite un travail sur la matière colorée, rechercher et ramener un poème, une chanson, ou un extrait de texte littéraire contenant le mot noir (ouvrez n'importe quel roman, vous trouverez très vite).

Il y a eu les Amstrong, les Noir c'est noir et autres Aigle Noir, le passage de la voile noire dans Tristan et Iseult, diverses choses inattendues.

Mais certains élèves avaient un gros problème...

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Madame, j'ai pas pu trouver un texte, parce que y' avait l'orage ça a coupé. Coupé la lumière et pas de bougie ? Non, coupé internet, Madame, j'ai pas pu chercher, j'étais plus connecté. Certains se servaient de l'orage comme excuse au travail non fait, mais d'autres avaient l'air sincèrement désolés et dépités.

Je leur ai demandé s'ils savaient qu'on pouvait lire ailleurs que sur internet. Ils se sont exclamés : Ah oui ?! Et, où alors ?

Je leur ai parlé d'un objet usuel, qui est à peu près comme ça et comme ci, et qui s'appelle un livre. Ils m'ont alors répondu mais chez moi, Madame, je vous jure, y'en a pas.

Le pire, c'est que je crois que c'est vrai.

Mon webmaster, à qui je raconte bien sûr mes journées de boulot, m'a dit, mais tu sais, ils ont internet, mais s'ils ne l'avaient pas, ils n'auraient quand même pas de livres, à la maison, de toute façon.

Alors moi je dis, si par internet ils peuvent lire des textes, mêmes des bouts, des bouts de livre, les jours où il n'y a pas d'orage, et bien, c'est déjà pas si mal.

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navettes
Ce n'est pas une sortie d'école, mais la sortie du collège, invisible. Il faut emprunter un petit sentier fleuri dans le village, pour accéder à ce collège, qui n'est pas constitué de bâtiments, mais juste de quelques maisons avec un peu plus de fenêtres que les autres..

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Navette était le titre sous lequel j'avais enregistré provisoirement les notes des Adolescents troglodytes. Pourtant j'étais loin de savoir, alors, que je me retrouverai, là, au milieu des navettes de ce collège de 80 élèves.

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Depuis que le collège existe, depuis plus de 40 ans, il n'y avait jamais eu de prof d'arts plastiques, pour des tas de raisons.

Je ne dis rien de tout ça au rectorat, bien sûr, mais s'ils savaient : que toutes ces allées et venues sur ce territoire, avant d'y être, je les ai faites, via ma narratrice, dans un livre, juste à cause d'un petit poème de ma fille Lola (voir "dans les traces de mon frère", note du 13/08, catégorie "pieds"). Lola qui prenait, petite, dans un autre paysage de montagne, la navette, et la reprend encore, là, sur cette place de village (la sienne ne peut transporter que 8 élèves) pour suivre, entre autres, des cours d'arts plastiques...

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Elle attache Minuit et file à l’arrière pour se mettre dans le soleil. Le trajet de la Navette est tout en courbe, mais il reste presque toujours horizontal, et suit plus ou moins les directions opposées au soleil. Le matin vers l’ouest, et le soir vers l’Est, enfin pas tout à fait, ça dépend de la saison, mais ce matin, mon itinéraire correspond aujourd’hui, mi-novembre, à l’idée pile de s’éloigner du soleil à l’heure des petits. Lise regarde à l’arrière, se goinfre du lever de soleil, et comme elle est presque rousse, la lumière s’engouffre partout. Cet après-midi elle se mettra dans le coucher de la même façon, dans l’épais soleil, qui engraissera son visage de rouge, puis se retirera de ses joues pendant que je les ramènerai chez eux. Pour le moment le soleil encombre le rétro, je ne peux pas regarder dedans. On suit la ligne de partage des eaux, et c’est marrant, le ciel et la terre sont aussi comme séparés : devant nous la nuit gris sombre, massive, et derrière, des couleurs à s’en écoeurer, et d’ailleurs Lise à vouloir tout voir a la nuque renversée, elle va vomir c’est sûr.

Les Adolescents troglodytes
, à paraître (POL, janvier 2007)

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La réalité ne dépasse pas la fiction, la fiction ne s'appuie pas sur du réel, non, c'est un aller-retour incessant, ce mélange magique de la représentation. Une navette qui tisse son récit entre histoire et mythe, passe et repasse entre les fils des phrases.

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sortez-vous de là
Parfois les réactions de mes élèves me laissent désemparée. Leur réflexion si pauvre, leur culture tellement étroite, les empêchent de comprendre, de créer, de rêver, à quoi que ce soit.

Je peux m'échapper de ce climat obtus. J'écris, je lis, j'ai des échanges passionnants avec des amis, des proches, des lecteurs et, depuis quelques mois, avec des personnes inconnues de blog en blog.

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Mais dans chaque classe, je vois d'autres jeunes aux yeux chercheurs, avides, se fatiguer. Ils veulent en savoir plus, il veulent voir, comprendre, aller plus loin. Ils cherchent dans mes mots, mais voilà que je m'occupe des autres, ceux qui veulent rester dans l'ignorance.
Le comble, hier, avec les quatrième : ils ont pioché au hasard "un mot perdu", ce mot, dont l'usage s'est perdu, est accompagné de sa définition. Ils doivent alors élaborer une oeuvre, dont ce mot est le titre. Un de mes élèves avait pioché un mot qui veut dire "homme ignorant". Madame, je comprends pas la définition, madame, c'est trop dur, etc. Je me suis assise à côté de lui, j'ai essayé de lui expliquer ce que le mot signifiait, puis le conduire vers une interprétation artistique pas trop illustrative.

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Il m'a alors jaugée, avec tout le mépris qu'il pouvait contenir/retenir envers tout ce qui lui paraissait comme "intellectuel". Et de conclure : "j'ai toujours rien compris à votre machin". Sa camarade s'est alors exclamée : "et ben alors t'as qu'à te représenter toi !"

Des comme lui, il y en a plein. Les parents, le niveau de vie, la télé, non, je suis désolée, ça n'explique pas tout. Mais le mépris de l'école, de la culture, de la lecture, les coups de boule à la moindre insulte, à la moindre difficulté, le climat anti-intello, oui. Ras le bol d'excuser la mauvaise foi.

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Je regarde ceux qui veulent comprendre le pourquoi du comment, retourner les oeuvres jusqu'à ce qu'elles fassent sens, les creuser, les observer. Ils ne sont pas nombreux. Ils ne sont pas, de loin, les "meilleurs" élèves, les plus scolaires, mais ils n'ont pas honte de vouloir savoir, ils n'ont pas honte de vouloir comprendre, ils n'ont pas honte de savoir et de comprendre, et surtout, ils se savent différents, et l'assument ouvertement. Je m'en veux n'avoir pas plus de temps à leur consacrer. Je m'en veux de perdre leur temps avec l'ignorance arrogante des autres.

J'ai envie de leur dire : ne perdez plus votre temps, sortez-vous de là, allez lire, courir, créez, écrivez, ne vous occupez plus de mes sujets, sortez de l'école !

Mais sans eux, je deviendrais folle...


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lire pour peindre
Je viens de me souvenir de mon ancien beau-père, le père d'un de mon ex.
Je me suis souvenue de lui, parce que je cherchais une petite carte pour envoyer à un ami, et je suis tombée sur quelques cartes représentant un de ses tableaux.

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Je ne me suis pas seulement souvenue de lui, mais de lui et de tout le reste : ses tableaux, son atelier, ses livres, ses disques, ses phrases. Ce type sait à peine écrire. Il a un CAP électricien datant d'avant 68. Il travaillait au dépôt sncf de Béziers, et peignait sous le pseudo "Anbart" : certains de ses tableaux sont magnifiques. Mes préférés, période "fond sombre", années 90, sont seulement dans ma mémoire, je ne peux pas les reproduire, mais à l'occasion, j'irais bien, faire des photos dans son atelier. Mais voilà, des années sont passées, je ne saurais comment l'aborder.

Il ne peint plus depuis qu'il est à la retraite, comme quoi, tout ce battage autour de la double vie des gens d'arts ou de lettres, pauvres artistes et écrivains contraints de gagner leur vie en exerçant toute sorte de boulot, c'est un peu n'importe quoi. On exerce surtout un autre boulot pour être dans la société, vivre, comme tout le monde, au lieu de se morfondre avec son stylo ou ses pinceaux, et cela nourrit notre oeuvre. Les autres, les collègues, ils nous énervent (et ce type, Anbart, comme il pouvait râler des fois...), mais je trouve que... ben que c'est plus sain, de se frotter aux autres, aux gens. Parce que nous, "gens de lettres et d 'art", on est des gens aussi... Enfin, c'est que je pense.

Anbart, qui ne savait pas écrire une phrase sans une dizaine de fautes, lisait énormément. Il lisait pour peindre.

J'étais jeune maman, étudiante, j'avais 21 ans. Il m'a fait découvrir Soulages, Alenchinsky, Joan Mitchell, mais aussi Saint-John Perse, Michaux, Joë Bousquet... je m'en mettais plein les yeux.

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la salle de classe
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Voilà donc mon nouveau bureau. J'y passerai plus de temps que dans mon grenier, mais les loirs qui y font leur bazar sont d'une autre espèce et, si j'en balancerais bien parfois quelques uns par la fenêtre, je les aime bien, dans l'ensemble, ou plutôt, non : je les aime bien, séparés.

Les garçons, avant de vidanger leurs sarcasmes, me rassurent en m’insultant, et ricanent. Ils sont souvent comme ça, à double visage : un sourire, ou même des confidences, lorsqu’ils sont seuls, et parfois un mot de trop en groupe.

Les Adolescents troglodytes, à paraître (POL, janvier 2007)

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Il faut que cette salle soit vide pour mesurer tout l'espace et le bruit et le temps, le volume, que prennent ces loirs-là. Quand je me retrouve dans ce vide entre deux cours, il n'y a donc qu'un seul moyen de le remplir : travailler, encore et encore.

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des trous
Plein de sentiment de vide en ce moment.
Beaucoup d'agitation pourtant...

La rentrée, pas la rentrée littéraire, mais la rentrée des enfants...

L'aîné commence le lycée, et emménage à 15 ans tout seul dans un appart...

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Le petit rentre à la maternelle, et prend pour la première fois à 3 ans la navette (ici les transporteurs ont une dérogation exceptionnelle pour transporter des tout petits, nous avons prêté un rehausseur), mais une navette que nous allons chercher à 8/9 km...

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Celle "du milieu" entre au collège, en navette elle-aussi, qu'elle va attendre au bout de notre chemin, sauf l'hiver.

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Et puis ma rentrée, la (re)découverte de mes élèves, 336 cette année. Et un emploi du temps à "trous", des heures passées au collège (une trentaine pour 17H de cours), de quoi avoir le temps de corriger les travaux et même d'écrire, sans doute, puisque la préparation des cours se fait à la maison (trop de documents à consulter).

Je vais donc essayer de mener
Les Mains gamines jusqu'au bout dans ma salle de cours. Elle est spacieuse, à la fois claire et ombragée, dans un bâtiment à l'écart des autres cours, où je peux me concentrer. J'entends parfois au loin l'effervescence des récrés, les mouvements entre deux cours. J'y suis bien. Il y a une ambiance de travail qui me contamine.
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