nombril

Juste le plaisir d’annoncer : en kiosque ce soir à Paris et dans les grandes villes, ou demain matin pour nous autres, dans le Monde des livres, un beau portrait par Xavier Houssin avec en prime une belle photo d’Olivier Metzger et un article sur Les Mains gamines.

bain

… ça tombe bien, parce que je suis un peu bof là (d’ailleurs pendant la séance photo, Olivier Metzger me disait sans arrêt “plus positive”, “encore un peu plus”, “un peu plus”), même si ce portrait dans La Monde n’est pas accompagné d’une tristesse infinie comme ce fut le cas de celui du Matricule.

La photo de ce billet est prise par mon premier portraitiste : mon papa.

notes perdues

Voilà ce qui arrive quand on écrit n’importe où faute de temps…

notesbleues

… et je n’ai plus mémoire de ces lignes.

ma soirée parisienne

Ceci est un billet en attente, pour raconter comment et dans quelles circonstances, après avoir obtenu des ailes matriculées à vie, j’ai gagné un verre à vie au Wepler…

Car bien sûr cette soirée-là ne s’est pas passée sans une de ces coïncidences dont je suis devenue je crois la championne toute catégorie…

Bientôt, dès que je me pose un peu…

Mise à jour du 12 décembre : je ne trouve ni le comment ni le temps de raconter bien, alors tant pis. Juste dire que cette soirée m’a valu le plaisir de retrouver une collègue d’ il y a presque 20 ans et tout-à-fait par hasard, plaisir aussi de retrouver Céline et d’écouter son extraordinaire et très jouissif discours.
Dire aussi qu’avec ce prix beaucoup de portes se sont ouvertes… et d’autres que j’avais l’habitude de franchir, avec le sourire qui plus est, se sont à ma grande surprise fermées.
Je découvre avec ce prix en bloc la sincérité, la jalousie, l’opportunisme, le partage…
Merci aux personnes qui ont avec sincérité partagé leur enthousiasme, que ce soit en public ou en privé.

Amy

Rencontrant des lecteurs à propos des Mains gamines, je suis souvent questionnée sur la part biographique de ce roman.
La quatrième de couverture pose question : est-ce un extrait du carnet tenu par la “victime” ou est-ce l’écrivain qui parle ?
Car la victime, qui n’est jamais narratrice, écrit des poèmes dans un carnet tout en faisant le ménage. Et, bien que n’étant pas poète, on pourrait parfaitement y voir la figure de l’écrivain un peu spécial que je suis et qui, c’est vrai, écrit en faisant, entre autres, du ménage.
Tout cela ne me pose aucun problème, et même tout cela est un peu… voulu.

Mais la plupart des lecteurs croient trouver la clé de l’autobiographie dans le prénom de cette fille, prononcé une seule fois : Emma.

J’ai publié en 2002 un texte , ouvertement autobiographique celui-là, sous un autre pseudo : Emma Schaak.
Mon amoureux m’appelle Emma, même si mon vrai prénom est Emmanuelle*.
Alors oui, on pourrait croire.

Pourtant ce passage des Mains gamines, s’il est justement, fortement autobiographique, je l’ai expliqué hier, est un souvenir d’Amy (prononcer à l’anglaise, “aimée”). Emma dans ce passage c’est Amy, et s’il faut m’y chercher, je serais l’institutrice qui lui dit sans mot, “cours, Emma, vas-y cours”.

Mercredi soir je faisais une rencontre à Narbonne, et les discussions se sont tournées une fois de plus vers la part autobiographique du roman, autour de cette histoire de prénom. Le lendemain, dans le TGV, une petite fille de 3 ou 4 ans se dirige vers moi, s’accoude à mon siège et me demande comment je m’appelle, je lui dis “Emmanuelle, et toi ?”, elle me répond “Emma”, et satisfaite, retourne s’asseoir à côté de son papa…
Alors je repense, encore, à cette histoire de glissement d’Amy à Emma… La petite fille me fait penser à elle, elle est blonde, espiègle, enfin bref, je pense à Amy, que je n’ai pas revue depuis presque 10 ans, elle en avait 15.

15ans
(là c’est moi qui ai 15 ans)

À la gare où j’attends mon TER, je prends mon café au comptoir lorsqu’une jeune femme blonde près de moi me demande si je n’étais pas “institutrice” à X ? Je me tourne vers elle et je la reconnais immédiatement. Je lui dis : “c’est pas vrai ! Amy ?! c’est toi ? (Pas instit, prof)” Elle n’est plus que sourire : oui c’est elle.
Nous discutons un moment, elle me demande si je suis toujours “institutrice”, je la corrige à nouveau : prof… Je ne comprendrais que plus tard pourquoi elle me croyait instit alors qu’en discutant je vois bien qu’elle se souvient elle aussi parfaitement de tout, de mes cours d’arts plastiques, de la troisième, etc : c’est moi qui me suis faite instit dans le passage des Mains gamines où j’évoque son souvenir.
Elle ne l’a pas lu bien sûr, mais ce n’est pas la première fois qu’une telle chose m’arrive : j’écris sur des moments, des lieux et des choses et des gens qui m’ont marqués et après ils réapparaissent, des choses incroyables ont lieu.
Voilà pourquoi j’écris, parce que les gens sont extraordinaires, ils se glissent dans mes pages et puis reviennent me faire un petit bonjour.

* Pour simplifier les choses, la nouvelle amoureuse de mon mari, qui se trouve par ailleurs être une amie de longue date, s’appelle aussi Emmanuelle.

recyclage littéraire

Avant de raconter l’émouvant “croisement” d’avant-hier, qui m’a poussée à rouvrir ce blog, je dois faire un petit préambule, sinon on n’y va rien comprendre.

Il y a un petit moment, Martine Laval m’avait passé commande d’un texte sur Barbara.
Il s’agissait selon ses termes d’écrire une nouvelle, une “vraie fiction”, autour de… sur… à partir de… Barbara. Inventer une histoire, quoi, avec un petit lien avec la chanteuse, partir d’une mélodie, de paroles, d’une photo, d’un souvenir, et se laisser aller.
Or Barbara évoque dans une chanson, “Mon Enfance”, une petite ville où elle a été collégienne, et moi, dans cette ville, j’ai été prof en collège…
Ce qu’elle appelle enfance est l’âge de 15 ans.
J’avais donc eu l’idée de faire cinq portraits de collégiennes de 15 ans : quatre de mes élèves (ou plutôt, plusieurs de mes élèves, mêlées sur quatre portraits), plus moi (j’ai découvert Barbara à cet âge-là). Cela s’appelait “5 fois 15 ans”… en voici le brouillon.

Trouvant le texte trop long, Martine Laval m’avait demandé de couper un passage.
Mon texte est devenu “4 fois 15 ans”.
Or ce passage était l’évocation de deux de mes anciennes élèves, mêlées en une, dont j’ai encore le souvenir très fort : Lolita et Amy. Ces deux élèves, qui ne se connaissent pas d’ailleurs, étaient très créatives, elles avaient toutes les deux un caractère très marqué et une histoire familiale très complexe et très douloureuse.
J’ai pu garder quelques traits de Lolita, mais rien d’Amy. J’étais chagrinée, et j’ai dit à Martine Laval : “je m’en fous, je le mettrai ailleurs”.

J’en ai placé placé une bonne partie dans Les Mains gamines

J’avais créé, dans mon texte sur Barbara, un prénom, Lila, pour unir ces deux collégiennes. Dans Les Mains gamines, j’ai surtout replacé ce qui concernait/évoquait Amy (prononcer à l’anglaise). Et, si je voulais indirectement parler d’elle, je ne pouvais pas en faire le personnage central de ce roman. Je voulais pourtant garder le “cours, Lila, vas-y cours”… J’ai donc transformé “Amy” en “Emma”… brouillant dès lors beaucoup de pistes (la suite au prochain billet).

couture

Pendant le cross du collège, elle a enlevé ses chaussures pour courir pieds nus, et moi je me suis dit, c’est pour fissurer les parois de son scaphandre. Elle est passée près de moi et j’ai vu se dessiner une fente, je la voyais progresser, je la sentais s’élargir à l’intérieur même de mon ventre. Je sentais en moi quelque chose s’ouvrir, je lui disais sans mot, cours, Lila, vas-y cours, mais un surveillant s’est placé entre elle et moi. La principale veut te voir immédiatement. Elle s’est assise, elle a frotté lentement ses pieds pleins de terre, elle a remis ses baskets, et la lézarde s’est toute ratatinée en moi.
(extrait de “5 X15 ans”)

Pendant le cross de l’école, elle avait enlevé ses chaussures pour courir pieds nus.
C’était le cross du collège et des écoles, le cross annuel autour du stade de foot. Le cross de Noël.
Tout le monde, et il y en avait du monde, avec les deux écoles et le collège, tout le monde la regardait et moi je m’étais dit, c’est pour fissurer les parois de son scaphandre. C’était manière de dire non, de dire je m’en fous, je suis libre, je suis libre malgré vous. Elle était passée près de moi et j’avais vu se dessiner une fente, tout autour d’elle, je la voyais progresser, je la sentais s’élargir à l’intérieur même de mon ventre. Je sentais en moi quelque chose s’ouvrir, je lui disais sans mot, cours, Emma, vas-y cours, mais le directeur de notre école s’était placé entre elle et moi, pour lui chuchoter, furieux, je ne sais quoi à propos de son impudeur, son insolence.
Elle s’était assise, elle avait frotté lentement ses pieds pleins de terre, elle avait remis ses baskets, et la lézarde s’était toute ratatinée en moi.
(extrait des Mains gamines, POL, 08)