Dans un échange de mails, Marc me fait cet aveu : Pour dire vrai, je n’ai jamais mangé de miel, je ne sais même pas si j’aime ça. Donc, finalement, quand je dis “miel” j’envisage le sens métaphorique, comme dans la Bible : “livres au goût de miel”, “paroles de miel”, etc.
Je n’en reviens pas : comment c’est possible ?
Oui, je sais, on pourrait me dire (et à mon avis lui va me le dire) que moi, je ne m’y connais rien en vin, puisque je ne bois jamais d’alcool, mais tout de même j’ai déjà goûté du vin, champagne compris, de différentes « sortes » et de différents crus. Et je crois bien ne connaître personne qui n’ai jamais, jamais mangé de miel…
Je l’envie un peu, de n’avoir aucune idée du goût d’une chose aussi simple et aussi répandue, d’avoir encore la possibilité de découvrir un aliment aussi commun et riche que le miel.
Dans mon mail (admirez les allitérations communes avec le mot « miel »…) je lui parlais du miel de châtaignier, mais bon, on va y aller molo, là, le miel de châtaignier est vraiment fort, âpre et corsé (moi je l’aime comme ça)… et je ne pensais pas m’adresser à quelqu’un d’aussi vierge en la matière.

(en photo les différentes couleurs du miel)
C’est étrange comme on peut se tromper sur les personnes : je croyais que Marc était un homme ne sortant quasiment jamais, consacrant sa vie à écrire et à lire, une sorte d’ours, mais manifestement non, ou alors un ours qui n’a jamais goûté de miel… un bien étrange ours…
Marc est un écrivain remarquable, curieux de plein de choses, un grand lecteur aussi, mais pas curieux au point de goûter au miel… et je me suis demandé s’il avait déjà employé le mot « miel » dans ses écrits…
J’ai fouillé un peu dans ses textes et dans son carnet et j’ai trouvé ces trois phrases :
Le livre que j’écris aujourd’hui, plus tard je pourrai le manger, et le goût de ses pages sera doux comme du miel.
Enrobez-nous de miel, s’il vous plaît.
Je me souviens de tes yeux me regardant (…), ils s’ouvraient si grands, je n’aurais jamais pensé que la pupille puisse se dilater autant, tu avais des yeux d’une taille surhumaine, je m’y baignais, ils m’enveloppaient comme un manteau de miel.
De savoir que ces mots ont été écrits sans connaître le goût du miel me fait bizarre, je crois que pour Marc miel = douceur (comme il l’écrit dans le mail, le miel est seulement utilisé de façon métaphorique), il faut donc éviter de lui faire goûter du miel de châtaignier…