De mon grand-père j'ai gardé le nom, mon nom, pour ma vie de tous les jours*. C'est le nom d'un village près du lac recouvrant ces vignes, ce lac né le même mois que moi (voir "le fond du lac).
Ce nom signifie quelque chose comme une roche dure, sèche, mais qui garde la trace de l'eau. Une roche où l'eau est passée, il y a longtemps.
Cela correspond à l'inverse de l'avènement de ce lac...
Aujourd'hui j'habite près d'un lac naturel et volcanique (voir "le ventre du lac", note du 2 juin) et plus près encore (juste au-dessus) d'une retenue artificielle reliée à ce lac naturel.
Il arrive que cette retenue soit vidée, mon fils aîné y est descendu, dans la vase poudreuse, un jour de grosse colère.
Il a mis à peine deux heures pour dévaler la montagne, gagner le fond du lac, puis remonter. Il était vidé de vitesse et de fatigue. Il est revenu fier et souriant de son escapade, il est revenu très sale et calmé.
Il porte à la fois mon nom et mon nom d'écrivain, liés par un trait d'union (une exception législative particulière à l'ancienne loi sur le nom de famille).
Il y avait plusieurs promeneurs, des randonneurs, des
pêcheurs à la rivière retrouvée, dont les berges
étaient ensablées. Du sable poussiéreux, même pas de
vase, à la place de notre tourbière, à la place de
notre boue gonflée d’odeurs. Je me suis assise
sur ce qui restait des arbres à terre et j’ai
respiré de mémoire, mais ça ne me revenait pas
vraiment. Ce qui me remontait c’était juste une
image, comme une photo, celle de nos bottes de pluie
ou de neige laissées en vrac dans l’entrée de
la maison. Peut-être aussi des sensations, les
sensations glissantes de nos pas téméraires et
infatigables dans la tourbe, la neige, les prés
gorgés. Aux stagnations de la rivière, il y avait
parfois une couche de glace pleine de feuilles et d
‘ombres, je marchais dedans pour entendre
fondre le bruit déchiré et faire hausser jusque dans
mes mollets la caresse la boue froissée sous mes
bottes.
Les
Adolescents troglodytes,
à paraître (POL, janvier 2007)
* je ferai bientôt une note sur les noms de "jeunes
filles" car en la matière le code civil est en France
très peu respecté.