périmètre visage
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périmètre visage

chroniques d’atelier

(16–26 août 2006)


« … c’est sans doute le moment où tout le corps devient chambre noire »

B. Noël, Treize cases du Je


1


chair
et gris
font visage

gras visage


*

et l’on voudrait
ramasser
les gestes
tous les gestes
en une phrase
quelques phrases à la limite

peu de phrases

une pelure

tout ce buisson
cette broussaille
en feu
des gestes


ce crépitement
plus vif
que la pensée

qui déborde d’elle
et lui trace une crête


*

un poète que j’ai vu
cousait des gestes

toute une constellation
dans sa parole
au fond d’une bibliothèque

gestes plantés comme
des os
dans la chair molle
du verbe

c’était pour simuler couleurs
et coulures

2


l’angle du coude
d’attaque

gueule avide
respire

mâche
et remâche
l’espace vivant
entre mon corps
et le mur

mâche l’air

ça pousse des cris
dans la couleur
la couleur fait voir
et voix

*

le geste
est un périscope
posé sur l’épaule
à côté de la tête

puis jeté
sur la planche
ajourée de l’aveuglement

qui coule comme un
macramé

*

c’est un langage
dans lequel on trempe la langue
comme un vif


la pensée déserte

chaque trait
mis en cause
par celui
qu’on lui superpose

barré net


3


l’œil
croise l’œil
croise l’œil

devant soi quelque chose
d’aussi grand
ou de plus
grand que soi encore

et c’est corps ( vif)
à corps (inerte)
avec entre

cet œil cru

l’œil jamais vu
ni mangé
qu’on cherche


*

un frisson attise
quelque chose
à même la peau

la lumière entre
inonde les murs
blancs
nivelle les planches
et les tréteaux
taille ras les pinceaux


*

Le plus dur
c’est le retour

s’affaler dans la marge

dans le canapé qui
sent le neuf

les yeux encore loin
dans le corps

4

aujourd’hui bleu
avant même de commencer
je sais

et ça me rapproche de lui
de ça
qui crève la poitrine
aussi

ça me rapproche d’eux
cette hémorragie-là
en partage

mais timide devant le bleu
on reste
on ne sait
quoi atteindre

quelque chose de mince
de froid
un jus

posé comme
à peine essuyé

*

je repense à lui
dessous quelque chose
de plus grand
ou d’aussi grand au moins
que lui

ça a déjà eu lieu
ce quelque chose
mais il s’assoit dessous
là comme 
à l’instant né

*

peindre, écrire et peindre encore
pour dire
plus vaste

mieux qu’en bouche

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5

ça crève les yeux
on dit ça
et Cézanne disait
mes yeux saignent

et personne
ne ment
trop dans l’histoire

dedans attaque dehors
par la vue
et dehors le lui
rend bien

et c’est l’œil
(entre-deux / entre eux deux)
l’enclos
de toutes rétorsions

*

pieds nus
toujours pieds
nus

presque nu
il faudrait peindre

tant le corps est


l’image est
fille du corps
dit-elle
et le corps est la face entière
du regard

*

graduellement le silence
le silence
qu’on mange
à petites bouchées
quelque chose de
rare
qu’on économise

en bas la circulation
on ne l’entends plus
ça ne gène pas

l’œil se tait
saigne juste
rouge

juste



6

le corps s’éloigne
se plie
replet
se replie
se recroqueville

tout entier paupière

s’entortille sur son ventre
comme sur un œil
éteint

mais la fourmilière dans
la langue
ne dort pas
tout à fait

*

ce n’est jamais
que cela 
quelque chose en travers
jeté


nous ne faisons
pas mieux

*

elle me dit
pour commencer
c’est comme si les traits du visage
revenaient dans le support

et c’est ça

ça se met à faire partie
du dé-corps

les contours
du visage
lèchent autour
la grisaille

le plein visage
n’est pas sans
lacunes



7

une surface
qui refuse
le plus possible

on cherche ça

quelque chose qui
crache au visage
les visages

qui fasse lever
les reflets comme
des cloques

quelque chose qui refuse assez
pour être sûr

presque

que les restes
ne soient
que soi

*

on en parle
et la langue s’adosse
à son dos creux

c’est toujours de dos
que nous manquons
comme de visage

et l’absence nous guette
derrière
diffuse

nous tire la tête en arrière

*

si j’avais des yeux
dans le dos
sa géographie
en serait-elle moins
affolée ?

8


j’ aime mon visage
à nu, tout à
elle

j’ai pensé
: je voudrait qu’elle m’aide
à creuser ce
visage

(mais qui ça… elle ?)

à gommer les aspérités
par un trou plus grand
d’ignorance

en plantant dedans l’angle
coupant de sa nuit

*

j’ai pensé ça
et dans la journée blanche
rien n’est


j’ai raté tout
jeté tout

les mains éteintes

*

si
certains se font
de trop grands trous

des trous démesurés

des tombes dans la figure


c’est pour faire terre
le corps


9

comme une vessie
pleine
entre les yeux

ce doublon
de visage
jeté devant moi

des miettes aux creux
du jour

*

il faudrait voir tout
de l’intérieur
de ma bouche

le voir même
du fond de ma
gorge
ce visage


et déglutir
pour humecter l’œil,
ce galet brûlant

*

mais toute cette écriture
dès qu’on l’écrit trop

tout ça déjà

bouche la bouche
obture
comme un chiffon
roulé serré

ça roucoule moins
c’est mieux

faire court les
visages
pour ne pas bavarde


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