cheveux tirés, cheveux libres


Cliché 2006-04-17 14-55-16



À la maternité ma mère venait me voir tous les jours avec Pierre dans la poussette. Je me sentais rassurée par sa présence ridicule et raide. Je l’attendais, ma mère ouvrait la porte, il était là, inutile, immobile, mais j’avais bêtement besoin de lui. Ma mère m’a confiée en avoir honte, maintenant, ça commençait à se voir, oui mais toi, c’est sûr, si c’était toi qui t’en occupais, tu comprendrais, tu te rends pas compte.
Elle devait faire deux trois courses, je lui ai dit laisse-le moi, vas-y, prends ton temps, mais si je t’assure.

Elle a callé la poussette entre mon lit et la fenêtre, près du berceau transparent. Je me suis levée pour regarder dormir Titouan et remonter le corps de Pierre qui s’affaissait un peu. Il avait les yeux et la bouche ouverts, mais dans cette ouverture un souffle de sieste, alors j’ai mis la poussette en position allongée, et ses paupières se sont fermées mécaniquement, comme celles des poupées aux yeux dormeurs.
Un de mes ex-copains a ouvert la porte sans frapper, il était confus, si troublé d’être là qu’il n’a rien dit. Il a posé sur la table de nuit un paquet de châtaignes grillées. Je me suis recouchée. Il est reparti, presque timide.
Titouan dormait resserré dans une couverture roulée. Il était encore tout ridé, ses yeux étroits, tout petits petits dans son visage, et une bouche comme un trait de plus, un front avec des tressaillements juste en dessous de sa tête chevelue brune presque poilue (des cheveux des poils jusque dans le dos). J’ai pris le paquet de châtaignes, elles étaient encore chaudes, j’ai mangé lentement. Pierre a ouvert les yeux quand j’ai reposé le carton gras sur la table de nuit. Je me suis levée à nouveau, je l’ai détaché, je l’ai porté jusqu’à mon lit. Titouan s’est mis à pleurer, je l’ai sorti de son bocal pour le prendre avec nous. On a fait connaissance tous les trois. Je les ai caressés sur la tête, et mes mains noircies par les châtaignes ont teinté leurs cheveux, leurs fronts jusqu’aux yeux.

Ma mère est entrée, avec plein de paquets et un regard qui me jugeait. Elle a posé ses sacs, elle est allée vers le coin douche fouiller dans mes affaires. Je pouvais entendre sa respiration agacée. Elle est revenue avec un gant mouillé et s’est mise à débarbouiller mes enfants en faisant des commentaires. Je les tenais fort contre moi, elle essayait de dégager mes bras pour atteindre leurs visages, ils criaient tous les deux, et moi plus fort qu’eux, mais si j’allais le faire, bien sûr que si.


Le Tiroir à cheveux, août 2005, POL


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