écrire dans le vent
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Philippe De Jonckheere, il déteste les "moi aussi", il déteste les commentaires.

Et moi ça me fait drôle de le lire "goûter le spectacle des buses et des faucons dans le vent" alors que je vis dans ce spectacle (je vis ou je vois, quelle est est la concordance, est-ce du temps ou de l'espace ?).

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À ce moment de lecture, je n'ai plus envie de dire "moi aussi", mais "ah, lui aussi" ? Je sais que dans ce coin de vent, à quelques dizaines de kilomètres seulement du "mien" à vol de buse, il y va depuis même avant que je sois née. Et pourtant je suis des fois à la fois si fatiguée, amusée, et soulagée, des regards des gens des villes lorsqu'ils lèvent les yeux vers les buses que je ne peux pas m'empêcher de penser : mais que faisait-il cet hiver quand la burle les empêchait de voler ? Que font-ils tous lorsque nous ne recevons plus le courrier ? Lorsque nous n'avons plus de profs (été comme hiver) ? Oh je sais c'est pas malin, lui il y est pour rien, lui, je sais à peu près comment il vote, il vote pas dans ce sens, ce sens sens dessus dessous, qui nous enlève tout service public, bien au contraire. Et lui, il en a d'autres, des problèmes, des combats à mener. Oui mais j'aimerais que des gens comme lui, des gens que j'admire, des gens qui pensent, j'aimerais qu'en regardant voler faucons et buses, ces gens ils pensent à ça : qu'ils pensent à nous, qui sommes nuit et jour, hiver comme été, dans ce vent, qui nous battons contre les genêts, les préjugés, l'aménagement absurde du territoire, l'exploitation sans retour de notre seule richesse* qu'est le vent. J'aimerais peut-être aussi, sans doute, qu'il lise ce que j'en fais, moi, du vent.

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Et ça me fait tout drôle de le lire essayer "d’apporter quelques modifications, quelques corrections à Portsmouth" alors que j'en suis aux mêmes corrections, à ces mêmes angoisse et soulagement : "je suis pris d’angoisse lorsque je ne parviens plus à tordre les phrases et au contraire agréablement soulagé quand les biffures envahissent la page".

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Seulement, il ne veut pas que l'on écrive "moi aussi". Je crois qu'il veut être seul, et moi je crois qu'il ne l'est pas. Parce que, même si cette idée lui ferait hausser les épaules, cette plume que j'ai ramassée en promenant mon petit Paul dans un vent si fort qu'il l'empêchait de pédaler et faisait siffler l'armature de son tricycle, et bien cette plume, elle était peut-être sur le corps de l'une de celles qui lui donnait à voir son spectacle.

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*(oui je la ferai cette note sur les éoliennes, mais leurs pales brassent tellement de choses que je ne sais pas par où les prendre)

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