la robe de Nadège
Tout ça c'est encore à cause de Ma Lorie. Je l'ai emmenée dans la grotte et elle m'a fait voir ce que j'avais photographié sans regarder, en me parlant avec un mot compliqué, chronotope (ah ces profs de français je te jure).

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Les trois garçons reviennent avec des chiffons couleur crème autour des hanches et nous interdisent le moindre mot. Je me sens un peu gourde dans mon drap poussiéreux alors je dis rien, et les petites cachent leurs rires de souris derrière le leur.
Nadège, maintenant d'une main sa couverture bien fermée, pose un paquet de cigarettes presque en lambeaux sur le manteau de la cheminée.

Sylvain se penche vers Nadège, il la prend par la main, la relève, et lui demande de le suivre.
Ils se cachent derrière le râtelier, on entend Nadège s’extasier, puis Sylvain ramène sa princesse : il lui a dégotté une belle robe noire et rouge début du siècle dernier, ouais, Adèle, elle était sur lit. Sans doute la tenue dominicale. Nadège splendide, vraiment, tourne sur ses sabots en souriant, en faisant des courbettes. Ses cheveux noirs et humides glissent le long des froufrous. On applaudit pour la deuxième fois.
Chut, nous intime Sylvain, en désignant le poupon dans le berceau près de la cheminée.

(...)

Je vois par la porte laissée entrouverte le rouge palpitant de la troisième cigarette de Nadège, qui prolonge son bras noir de plus de cent ans.



Les Adolescents troglodytes, à paraître (POL, janvier 2007)









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