lire pour peindre
Je viens de me souvenir de mon ancien beau-père, le père d'un de mon ex.
Je me suis souvenue de lui, parce que je cherchais une petite carte pour envoyer à un ami, et je suis tombée sur quelques cartes représentant un de ses tableaux.

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Je ne me suis pas seulement souvenue de lui, mais de lui et de tout le reste : ses tableaux, son atelier, ses livres, ses disques, ses phrases. Ce type sait à peine écrire. Il a un CAP électricien datant d'avant 68. Il travaillait au dépôt sncf de Béziers, et peignait sous le pseudo "Anbart" : certains de ses tableaux sont magnifiques. Mes préférés, période "fond sombre", années 90, sont seulement dans ma mémoire, je ne peux pas les reproduire, mais à l'occasion, j'irais bien, faire des photos dans son atelier. Mais voilà, des années sont passées, je ne saurais comment l'aborder.

Il ne peint plus depuis qu'il est à la retraite, comme quoi, tout ce battage autour de la double vie des gens d'arts ou de lettres, pauvres artistes et écrivains contraints de gagner leur vie en exerçant toute sorte de boulot, c'est un peu n'importe quoi. On exerce surtout un autre boulot pour être dans la société, vivre, comme tout le monde, au lieu de se morfondre avec son stylo ou ses pinceaux, et cela nourrit notre oeuvre. Les autres, les collègues, ils nous énervent (et ce type, Anbart, comme il pouvait râler des fois...), mais je trouve que... ben que c'est plus sain, de se frotter aux autres, aux gens. Parce que nous, "gens de lettres et d 'art", on est des gens aussi... Enfin, c'est que je pense.

Anbart, qui ne savait pas écrire une phrase sans une dizaine de fautes, lisait énormément. Il lisait pour peindre.

J'étais jeune maman, étudiante, j'avais 21 ans. Il m'a fait découvrir Soulages, Alenchinsky, Joan Mitchell, mais aussi Saint-John Perse, Michaux, Joë Bousquet... je m'en mettais plein les yeux.

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