Elle nous réveille tous les matins avant le lever du jour, elle fait un bordel pas possible dans les cartons et les planches du grenier. Hier on l'a vue car elle descendue dans la salle de bain pendant la douche de mon webmaster. Elle poussait des petits cris aigus indignés. Il m'a dit elle rouspète parce que j'ai fouiné pour essayer de trouver le nid (je crois qu'elle a plein de petits).
J'ai levé les yeux vers le plafond, le dessous du plancher du grenier, duquel elle était descendue, ses petites pattes agripées aux pierres de taille.
C'est un loir, la queue toute duveteuse, de grands yeux noirs dans son petit visage clair. Une femelle, mais on dit quand même un loir (non ?), comme une souris est une souris même avec des couilles.
La Loire, elle, c'est pas pareil, mais elle coule tout près d'ici.
On pourrait presque la voir sortir du mont depuis la fenêtre du toit du grenier.

Le deuxième garçon habite devant le mont, il monte quand j’ai fait le tour. Parce qu’ils me font faire ça, le tour du mont d’où sort le fleuve, je les appelle les ligériens, mes ligériens même. Il faudrait dire altiligériens, mais c’est moins facile, et comme je ne les appelle qu’à part moi, ça me regarde.
Les Adolescents
troglodytes,
à paraître (POL, janvier 2007)
Dans mon dernier livre, elle y est, la Loire, mais
mon mari et moi discutons de le possibilité de le
chasser (le tuer ?), le loir, et nous convenons que
c'est pas grave, d'être réveillé si tôt, quand il
ajoute "tu sais, les loirs ça aime bien les livres".
Or le grenier, c'est mon futur bureau, il y a donc
tous mes cartons de livres.
Je veux bien laisser déborder la Loire dans celui que
j'écris, mais ce loir ligérien femelle dévorant mes
livres (c'est-à-dire mes livres à lire et relire :
ceux des autres), nourrissant ses petits avec, ah
non, non, pas question.
Je suis allée ouvrir quelques cartons pour voir.
Mais il est pas bête, ce loir.
Mon webmaster est en train d'isoler le grenier avec
de la laine de chanvre : c'est bien plus moelleux et
plus chaud et bien meilleur que des pages de
littérature (moi je déteste les livres tièdes et
confortables).
