J'aime bien ce "nécessaire à déplacer les montagnes". C'est un objet de Philippe Ramette (1993).
J'aime les cordes et le bois, j'aime l'absurde, un absurde massif et poétique.
Les cordes sont enroulées comme rangées : le nécessaire est prêt à servir, au cas où. C'est que des idées à mouvoir, des montagnes d'idées préconçues, mal conçues, à bousculer, y'en a.
J'imagine presque crédule les gros bras chargés du déplacement. Des hommes Sysiphes, des hommes bourrins, des hommes lumière, des marcheurs, des hommes fous, des hommes poètes, peut-être.
Ses muscles sont longs, pleins. Il a des muscles de
travailleur, pas des muscles de salles de sport, et
ça me touche. Pour travailler sur cordes, il suffit
pas de savoir escalader et d’avoir confiance
dans le matériel, aux ancrages bien scellés, tu sais,
il faut avoir une sacrée expérience du froid, de la
solitude, il faut être en bonne condition physique.
Il suffit pas de savoir grimper, il faut avoir
confiance en soi et connaître ses limites, et
travailler, travailler ses limites, ses faiblesses.
Il chuchotait comme si c’étaient des
confidences. En regardant son bras, son avant-bras,
ses poignets serrés et sa main valide, il me semblait
rêver ses déplacements sur les parois. Mais il
s‘est assis brutalement et a caché ses mots
dans ces bras magnifiques, ses mains retenaient ses
cheveux, l’atèle levé au milieu de son crâne.
Il me regardait à la jumelle, il a vu la paroi se
détacher, il m’a vu tomber. C’est fini,
Axel. Non, le bruit, tu t’imagines pas le
boucan que ça faisait, et ça remuait de partout.
Les Adolescents
troglodytes,
à paraître (POL, janvier 2007)
Déplacer les montagnes, c'est pas un boulot pour la
DDE, la voirie, ou les creuseurs de tunnels, non,
il a raison Ramette, c'est un travail d'artistes,
de poètes, de lecteurs, de spectateurs, et de
marcheurs.
Marcher c'est écrire, lire c'est marcher.
Déplacer les montagnes, partager des paysages et des
mots*, sauter des frontières, en marchant, en lisant,
c'est un peu l'utopie de la
Cinquième édition des Pérégrinations Littéraires
dans la Montagne jurassienne
Coppet
et son château (Vaud), Esplanade du Lac
Divonne-les-Bains (Pays de Gex), Abbaye cistercienne
de Bonmont (Vaud), alpages franco-suisses du Noirmont
et Lac des Rousses (Haut-Jura).
La détail de l'aventure sur le site de "saute frontière".
*Info trouvée sur le site de Joël Bastard, grand
poète marcheur, poète grand marcheur, invité de
ces Pérégrinations.